Entretien avec Monsieur Pascal Saffache, ancien Président de L’Université des Antilles et de la Guyane

1. Quels programmes d’étude sont les plus populaires dans votre université?

Dans notre université, nous avons plusieurs programmes d’études qui sont populaires. Il faut d’abord savoir que notre université s’étend sur trois territoires différents : la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. Chacun de ces territoires a des programmes qui attirent un peu plus les étudiants. Par exemple, en Martinique ce sont les études littéraires et particulièrement tout ce qui tourne autour de la culture créole. Nous avons beaucoup d’étudiants étrangers en provenance de l’Amérique et d’Europe du Nord qui viennent étudier la culture créole chez nous. Nous avons également quelques étudiants canadiens qui viennent chez nous pour cela.

Toujours en Martinique, nous avons des programmes en science politique qui attirent beaucoup puisque nous sommes dans une région qui a des particularités à ce niveau. Nous avons à la fois des États indépendants, des États associés et des départements d’outre-mer. Du point de vue des sciences politiques, il y a un foisonnement important et ce sont les principaux programmes qui attirent. De plus, nous avons des programmes économiques bivalents, c’est-à-dire qu’ils font le lien entre l’économie et la géographie (l’aménagement du territoire).

En Guadeloupe, ce sont les études scientifiques qui sont populaires, particulièrement la biologie marine. Nous sommes dans une zone où la biodiversité est extrêmement riche et les programmes de physique et de mathématique qui touchent à la corrosion des matériaux sont populaires, puisque nous évoluons sur des territoires soumis à une humidité relativement importante.

En Guyane, ce qui attire, c’est notre institut universitaire et technologique qui forme aux sciences de l’ingénierie, puisqu’il est basé juste à côté du centre spatial de Kourou où la fusée Ariane décolle. Ainsi, plusieurs ingénieurs du centre spatial interviennent chez nous pour dispenser des cours.

2. Pourquoi les étudiants canadiens décident-ils d’aller étudier aux Antilles?

Les étudiants canadiens viennent à l’UAG pour plusieurs raisons. Premièrement, il ne faut pas s’en cacher, ils viennent en raison du climat. L’environnement tropical leur offre un dépaysement important. Le deuxième élément, c’est que l’UAG possède tous les avantages du système français sans avoir les inconvénients d’aller jusqu’en France. Nous sommes des départements et des territoires français et notre système d’éducation est un calque exact de ce qu’on retrouve en France, mais beaucoup plus proche du Canada. Il y a 8 h de vol d’avion pour se rendre en France alors que le trajet pour se rendre dans notre région prend environ 4 h.

3. Qu’est-ce qu’il y a d’unique dans la culture des Antilles françaises?

Notre culture se situe à la croisée des chemins entre la culture française ou francophone, la culture anglaise (ou anglo-saxonne) et les cultures du monde hispanique. Je rappelle que la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane ont des frontières qui touchent chacune de ces traditions culturelles. La Martinique et la Guadeloupe se retrouvent baignées dans un univers anglophone et hispanophone alors que la Guyane se situe dans un environnement anglophone et lusophone. C’est véritablement un trait unique de la culture antillaise et guyanaise. Et il ne faut pas oublier la riche histoire antillaise. L’histoire de l’esclave a marqué les mémoires et a modelé non seulement les mentalités mais aussi le territoire, puisqu’à travers les champs de cannes à sucres, l’activité sucrière ou rhumière, nos territoires ont été transformés par l’Histoire. Toutes ces caractéristiques rendent la culture antillaise particulièrement unique, mais aussi attirante. Nous sommes à la croisée d’influences diverses.

4. Qu’est qui rend unique l’expérience universitaire aux Antilles?

Un élément de réponse à cette interrogation a été discuté dans la question antérieure, mais nous pouvons développer davantage. Dans nos territoires, nous avons la chance, par des petits sauts de puce en avion, de pouvoir se retrouver dans des environnements très différents. Les îles de l’arc antillais ne sont pas très distantes. En trente minutes d’avion, on peut se retrouver en Dominique, à la Grenade, à St-Martin, à St-Barthélémy ou à St-Vincent. Nous sommes aux frontières de mondes différents. L’UAG a des contacts très étroits avec plusieurs établissements, par exemple avec l’université des West Indies, avec Porto Rico et avec le Venezuela. Nous essayons d’ouvrir nos horizons internationaux à l’échelle régionale (caribéenne). Un étudiant qui vient chez nous peut non seulement bénéficier du système universitaire français tout en allant puiser des expériences dans les îles voisines.

5. Est-ce que les étudiants étrangers ont l’occasion de voyager pendant leurs études? Comment les étudiants peuvent-ils concilier la culture, l’aventure et leurs études?

Les possibilités de voyages sont nombreuses et accessibles. Par le biais de notre direction des relations internationales, les étudiants peuvent adhérer à des programmes qui leur permettent de bénéficier de voyage d’étude ou autre. Nous avons également des associations étudiantes dynamiques qui, au-delà des voyages, permettent aux étudiants de découvrir les cultures caribéennes. Plusieurs soirées de découverte des cultures créoles sont organisées et les sujets traités sont variés, passant de la culture culinaire et gastronomique à l’aspect sociologique, etc. Le voyage n’est donc pas seulement géographique ; il est aussi et surtout intellectuel. Le voyage intérieur permet de ne pas rester isolé et de s’ouvrir sur le monde.

Il y a aussi des découvertes patrimoniales. Récemment, sur notre site de la Martinique, l’Université du Temps Libre, qui accueille les personnes du troisième âge, a organisé différentes visites de monuments historiques en compagnie des étudiants étrangers et locaux. Ils ont notamment visité le Fort St-Louis où se localise la marine nationale.

6. Dans quelle mesure les programmes d’étude de votre université sont-ils basés sur les spécificités locales des Antilles?

À côté des enseignements académiques, qui nous sont imposés par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (Mathématique, Français, Espagnol, etc.), nous avons des enseignements qui sont vraiment spécifiques et axés sur la culture créole. Nous avons par exemple une filière Langue et culture régionale à travers laquelle nous étudions la culture créole sous ses dimensions langagières, historiques, politiques, etc. Les cours dispensés sont axés sur nos réalités spécifiques. Par exemple, au département de Géographie nous avons des cours d’environnement propres aux contextes caribéens dont les sujets variés touchent les problématiques de sismicité, la volcanologie et la météorologie. Bien évidemment, les étudiants en Biologie marine ont la possibilité de faire de la plongée sur différentes barrières de corail. Nous essayons, à côté de l’enseignement académique, d’octroyer un enseignement spécifique aux problématiques territoriales et régionales qui englobent toutes les régions des Caraïbes.

7. Pourquoi recommanderiez-vous aux étudiants d’aller étudier dans les DOM?

Pour faire simple, je dirai simplement que c’est une expérience inoubliable, dans un climat particulier où le dépaysement est certain. De plus, il est possible d’obtenir la rigueur du système universitaire français dans les Antilles et la Guyane. Enfin, c’est la possibilité, pour les étudiants, de découvrir un monde qui est complètement différent de la réalité nord-américaine, mais qui présente quand même de nombreux avantages par sa situation de carrefour qu’il représente.

8. Qu’est-ce qui vous démarque des autres universités (dans les Caraïbes et en général)? Qu’est-ce que nous ne pourrions trouver nulle part ailleurs qu’à votre université?

Nos points forts, par rapport aux autres universités, c’est que bien que nous ne soyons qu’une seule et unique université, l’UAG s’étend sur trois territoires : ce qui l’expose à trois approches différentes. J’ajouterai également que bien que nous soyons localisés dans les Caraïbes, nous bénéficions de la rigueur du système universitaire français. Tout étudiant qui vient chez nous obtient un diplôme reconnu qui lui ouvre la porte de n’importe quelle université européenne. L’étudiant pourra ainsi étudier ou donner des cours en Allemagne, en Angleterre ou Italie par exemple. Nous sommes sur le même registre universitaire que les institutions européennes.

Nous nous démarquons également par le fait que, par rapport aux îles caribéennes, nous avons un système sécuritaire. Il n’y a pas d’instabilité politique. Nous sommes des îles bien équipées du point de vue sanitaire. Si l’étudiant à des problèmes, il peut être pris en charge très rapidement par des hôpitaux sans avoir à être rapatrié. Nous disposons d’une armature sociale, économique et politique qui est totalement sécuritaire.

Pour plus de renseignements, veuillez consulter : www.univ-ag.fr

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