La nouvelle réalité du marché du travail

Rares sont les élèves qui terminent leurs études secondaires sans avoir entendu une phrase qui commence par « quand j’avais votre âge… »

À cette phrase, souvent prononcée par les parents ou les mentors, s’ajoute une longue liste de commodités qui n’existaient pas il y a vingt ans. En effet, il fut une époque où les gens étaient plus « intelligents » que leur téléphone, où un petit « i » placé devant un mot était de toute évidence une erreur grammaticale et où « Apple » ne désignait rien d’autre qu’une pomme.

En réalité, le monde a évolué à une vitesse foudroyante, et le marché du travail n’y a pas échappé. Les chercheurs d’emploi et nouveaux diplômés doivent surmonter un obstacle de taille : trouver une nouvelle manière de gravir l’échelle professionnelle. Les conseils d’autrefois ne semblent plus nous aider à réussir dans le marché du travail d’aujourd’hui.

Selon Lee-Anne McAlear, directrice de programme au Centre d’excellence Schulich de l’Université York, nous vivons dans un « monde totalement différent ». Compte tenu de la globalisation des communications, de l’incertitude financière, de la capacité de répondre immédiatement aux demandes et de l’évolution des technologies, nous pouvons facilement percevoir les changements. Toutefois, les répercussions de ces changements sur le marché du travail sont un peu moins évidentes. Les entreprises ont changé, elles veulent maintenant des employés avec des habiletés multiples, explique Mme McAlear.

« Les grandes entreprises veulent que leurs employés fassent preuve d’équilibre dans leur désir d’apprendre les systèmes existants et leur capacité à innover, lorsque nécessaire », dit-elle. Qu’on le veuille ou non, les entreprises cherchent des candidats qualifiés qui savent aussi exercer leur créativité.

Lors du congrès national de l’Association canadienne des spécialistes en emploi et des employeurs (ACSEE) en juin, Mme McAlear a cité l’expression suivante : « Il est plus facile de déplacer un cimetière qu’un curriculum. » En d’autres mots, la matière enseignée en classe peut difficilement réussir à se maintenir au rythme des changements. De nos jours, les étudiants peuvent accéder instantanément à beaucoup plus d’information en ligne qu’ils en reçoivent dans leurs cours. Or, cela ne discrédite absolument pas la valeur d’une formation supérieure. En fait, « les études offrent une porte d’entrée dans le jeu », affirme Mme McAlear.

En outre, on ne peut plus compter uniquement sur les études pour percer dans le marché du travail concurrentiel d’aujourd’hui.

« Les entreprises veulent des gens qui réfléchissent différemment, dit-elle. Il existe encore des emplois où l’on vous dira quoi faire, mais est-ce vraiment le genre de travail qui vous intéresse? »

Saisir l’occasion : comment bien se positionner

Comme la plus importante tranche de population, les baby-boomers, approche de la retraite, nous devrions voir une foule de postes se libérer dans la prochaine décennie. On dirait une bonne nouvelle, mais elle comporte une attrape.

Selon Andrew Cardozo, directeur général de l’Alliance des conseils sectoriels, les nouveaux diplômés peuvent difficilement décrocher un poste débutant, car les employeurs ont besoin de travailleurs d’expérience pour combler le manque.

De plus, nous faisons face à une « surenchère des titres de compétences » dans le marché du travail, dit-il. Comme le nombre de diplômés universitaires augmente, les employeurs peuvent aisément exiger une plus haute scolarité pour un poste, vu le bassin impressionnant de candidats.

Voici quelques moyens faciles qui vous aideront à mieux vous positionner sur le marché du travail selon M. Cardozo.

  • Toujours se trouver un emploi d’été : diversifier ses emplois pour développer plus d’aptitudes.
  • Bénévolat : l’initiative et l’engagement auprès de la communauté font bonne impression sur les employeurs.
  • Faire un stage : profiter de son expérience en offrant plus que ce qui est demandé.
  • Faire preuve d’engagement : même dans les emplois peu spécialisés, les engagements à long terme paraissent bien dans un curriculum vitae.
  • Prendre des cours supplémentaires : élargir son éducation en suivant d’autres cours collégiaux ou universitaires après avoir obtenu un diplôme.
  • Garder l’œil sur son curriculum vitae : ce bout de papier vous décrira pour les années à venir.

Internet : quoi faire et quoi éviter dans les réseaux sociaux

Vous connaissez le fonctionnement : vous sortez pour une soirée en ville avec vos amis et, dès le lendemain matin, les photos de votre soirée se retrouvent sur Facebook, votre nom bien identifié dans chacune d’elles. Même si vous voulez partager tous les détails de votre vie personnelle avec vos amis, sachez que toute l’information peut aussi être vue par un employeur potentiel, voilà le problème avec les réseaux sociaux.

« Les jeunes se croient invincibles et ne pensent pas que leurs gestes peuvent revenir les hanter, explique M. Cardozo. Il est préférable de considérer toute l’information que vous publiez en ligne comme si elle faisait partie d’une entrevue. »

Évidemment, aucun employeur ne s’attend à ce que vous n’ayez pas de plaisir, précise M. Cardozo. Certains employeurs vont même adopter l’approche du « nous sommes tous passés par là ». Néanmoins, certains faux pas dans les médias sociaux peuvent vous coûter votre emploi. D’une manière ou d’une autre, il ne faut pas oublier que la plupart des employeurs jetteront un œil à votre profil en ligne avant de planifier une entrevue, dit-il.

Internet offre aussi son lot de bonnes nouvelles

Siobhan Williams, chef du marketing et des communications pour BioTalent Canada, encourage les étudiants à utiliser les ressources en ligne pour en savoir plus à propos de la carrière qu’ils souhaitent entreprendre. Le site internet du conseil sur le secteur bioéconomique offre une ressource intitulée la banque d’emploi PetriDish – un guide en ligne qui expose les qualités recherchées par les employeurs selon un type d’emploi précis.

On a tendance à croire qu’en accédant à un plus grand bassin d’information, les gens réussissent à se tailler une place plus facilement dans le marché du travail. Mais, un torrent d’information peut s’avérer envahissant. « Pour bien utiliser l’information, il faut savoir cibler ses recherches », explique Mme Williams.

Le truc est de dénicher l’information à propos des employeurs et des opportunités qui s’appliquent à vos ambitions de carrière.

Rester ouvert

Bien qu’il soit utile de se concentrer sur des habiletés précises associées à la carrière qui vous intéresse, il faut faire attention de ne pas tomber dans le piège. Selon M. Cardozo, il faut éviter à tout prix d’être trop précis dans son choix de carrière.

« Ne soyez pas catégorique dans votre choix de carrière, dit-il. Gardez une ouverture d’esprit, envisagez des plans alternatifs et pensez toujours aux autres possibilités dans l’industrie. »

Dans un marché du travail concurrentiel, mieux vaut accepter un emploi en lien avec vos intérêts, simplement pour avoir un « pied dans la porte ». Souvenez-vous que vous devrez être capable de jouer plusieurs rôles, affirme Mme Williams.

Avec l’avancement des technologies, de plus en plus d’emplois requièrent des aptitudes qui diffèrent de ce à quoi on s’attend normalement. Par exemple, un biotechnicien doit être capable de préparer des présentations PowerPoint pour les investisseurs en plus de travailler dans les laboratoires, dit-elle. Fini le jour où votre emploi n’exigeait qu’une seule sphère d’aptitudes.

La notion du réseautage

L’expression « l’important n’est pas ce que tu sais, mais bien qui tu connais » peut sembler clichée, mais elle comporte encore un brin de sagesse pour les chercheurs d’emploi d’aujourd’hui. La clé est de savoir réseauter efficacement, affirme Mme McAlear en ajoutant qu’elle n’a jamais obtenu un emploi sans l’entremise d’une connaissance.

Lorsque vous trouvez votre champ d’intérêt, tout repose sur « qui vous rencontrez, à quelle fréquence et ce que vous apprenez en leur présence, dit Mme McAlear. Les gens ont un bagage scolaire, mais aussi un bagage de vie. »

Dans un monde changeant aussi rapidement qu’on estime que soixante pour cent des enfants qui sont présentement à la garderie occuperont des postes qui n’existent pas encore aujourd’hui, vos expériences personnelles peuvent faire toute la différence entre vous et les autres.

Qui sait, dans vingt ans, peut-être dirons-nous également « dans notre temps… » D’ici là, concentrons notre énergie à nous trouver un bon emploi.

Dix emplois qui n’existaient pas il y a vingt ans

1. Stratège des médias sociaux

2. Coordonnateur de l’apprentissage à distance

3. Bio-informaticien

4. Coordonnateur des services aux aînés

5. Conseiller de vie

6. Blogueur

7. Analyste de l’expérience utilisateur

8. Développeur de logiciel numérique

9. Contrôleur de la gestion de l’énergie

10. Coordonnateur du développement durable