Pourquoi l’argent compte…et compte vraiment

L’endettement est l’un des problèmes les plus courants avec lesquels les jeunes adultes sont aux prises. La plupart du temps, ce n’est même pas lié à une hypothèque ou à un prêt étudiant – à de « bonnes dettes » si vous voulez – mais plutôt au crédit ou à des frais de découvert résultant de dépenses incontrôlées. Ces « mauvaises dettes » font en sorte que toute une génération de jeunes adultes connaît des débuts difficiles financièrement, et risque de perdre des occasions de tirer parti des ressources offertes par le crédit. Bon nombre courent le risque de ne  jamais pouvoir s’acheter une voiture ou une maison, car ils auront succombé à l’attrait de la gratification immédiate et à la facilité avec laquelle il est possible d’obtenir du crédit. Le jeu de la gratification immédiate, sans égard aux conséquences à long terme, est un jeu dangereux.

Le crédit, sous toutes ses formes, est un outil – il peut mener à la prospérité et à la réussite s’il est utilisé correctement. Malheureusement, après avoir atteint l’âge de la majorité, la plupart des jeunes gens font simplement une demande de carte de crédit, sans n’avoir jamais été instruits de la manière dont le crédit fonctionne. Ils ont alors l’illusion d’avoir rapidement et facilement accès à des fonds. Mais derrière cette illusion se cachent des pénalités qui, à la longue, peuvent entraîner de graves problèmes. Il faut parfois des années avant de se remettre d’une frénésie de dépenses faites dans sa jeunesse, de milliers de dollars de créances et d’intérêts accumulés. Les effets de cette situation se font parfois sentir jusque tard dans l’âge adulte.

L’autodiscipline est probablement l’élément le plus important de la planification financière, mais il est difficile de tempérer les ardeurs d’un adolescent naturellement impulsif. La plupart des conseillers financiers estiment que les jeunes adultes devraient vite acquérir des compétences en gestion financière et commencer à planifier leur retraite le plus rapidement possible. À 18 ans, il est quand même difficile de se préparer à ses 65 ans parce que, franchement, comment imaginer qu’un jour on aura effectivement 65 ans?

Cela ne veut pas dire que tous les jeunes gens sont prédestinés à mal gérer leur argent, mais il y a de sérieuses lacunes dans la manière dont nous les renseignons sur la question. La gestion des finances personnelles est une compétence qui s’acquiert. Idéalement, il faudrait l’enseigner très tôt, pour éviter aux jeunes de l’apprendre « à la dure », après bien des essais et des erreurs. Les jeunes adultes d’aujourd’hui vivent dans un monde très différent de celui de leurs parents. C’est la première génération née avec des cartes de débit et de crédit qui donnent facilement accès à des fonds. Les générations précédentes ont connu les bordereaux en papier, les caissiers et l’argent sonnant – les transactions quotidiennes se faisaient avec de l’argent liquide bien réel, ce qui contribuait à mesurer la valeur réelle de l’argent. Autrement dit, tenir de l’argent entre ses mains et le voir disparaître au fil des dépenses était en soi une leçon simple, mais d’une grande efficacité.

Maintenant, la multiplication des guichets automatiques et des cartes nous prive de cette leçon. Il est difficile de comprendre ce qui nous est enlevé en échange de ce qu’on achète, car l’on ne voit pas physiquement le transfert qui est en train de se produire. C’est seulement lorsque les factures commencent à s’empiler que cette mentalité du « tirez d’abord et cherchez les explications par la suite » devient soudain un problème.

Certaines personnes viennent de familles qui, de par leur situation financière et leur structure, peuvent se permettre ce mode de vie. Beaucoup d’enfants de la classe moyenne voient leurs parents vivre bien et dépenser allègrement, sans comprendre que ce mode de vie confortable est le résultat d’années de dur labeur, alors qu’ils étaient petits. Une fois adultes, ils veulent maintenir le même style de vie sans penser qu’il faut d’abord travailler pour se bâtir un bon dossier de crédit et une indépendance financière, comme l’ont fait leurs parents avant eux.

Toutefois, certains signes laissent croire que les choses s’améliorent et que l’on trouve des solutions au manque d’éducation financière. Comme c’est le cas avec l’acquisition du langage, plus tôt un enfant apprend à gérer l’argent, plus les résultats sont bons. Les enfants et les adolescents qui apprennent comment fonctionnent l’argent, le crédit et les créances font des choix financiers plus éclairés à l’âge adulte. Le gouvernement de l’Ontario a récemment décidé de rendre obligatoires les cours de littéracie financière pour les élèves de la quatrième à la douzième année partout dans la province. Ce programme aidera les jeunes gens, une fois adultes, à s’assurer rapidement une sécurité financière. Ils seront des consommateurs plus avertis, car ils auront appris à tirer le meilleur parti de l’argent et du crédit dont ils disposent et connaîtront les conséquences d’une mauvaise gestion financière.

La  gestion des finances personnelles n’est pas une tâche difficile. Comme n’importe quelle compétence acquise, il faut la mettre en pratique et apprendre à se discipliner. L’enseignement obligatoire est une chose, mais vraiment connaître la valeur de l’argent est autre chose, et cela vient à ceux qui prennent l’initiative d’apprendre. Il existe pour cela de nombreuses ressources mises à la disposition de  ceux qui le désirent. Par exemple, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada est un organisme public visant à sensibiliser la population canadienne aux questions financières et à promouvoir l’acquisition de compétences en gestion financière. Sa direction de la jeunesse met en œuvre des programmes d’apprentissage et fournit de l’information sur l’enseignement de la gestion des finances personnelles.

Plus tôt nous enseignons aux jeunes à gérer leur argent, plus ils seront confiants lorsqu’ils se lanceront dans le monde et deviendront des adultes autonomes sur le plan financier. Plus tôt ils apprennent l’art de dépenser et de planifier intelligemment, meilleures sont leurs chances d’avoir un avenir prospère.

 

Philip Cutter

Philip Cutter est diplômé de l’Université de Toronto et l’un des blogueurs d’Options Carrières.

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