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L’entrepreneuriat : Une expérience unique

Par Jordan Adams

Pionnier, opportuniste, innovateur, intrépide devant le risque – on pourrait affubler les entrepreneurs d’une multitude de qualificatifs. Mais qui sont-ils exactement? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’un entrepreneur est une personne qui crée sa propre entreprise, mais c’est plus compliqué que ça.

C’est le professeur Howard Stevenson, de la Harvard Business School, qui est le plus souvent cité quand on veut définir l’entrepreneuriat : « L’entrepreneuriat est la poursuite d’opportunités sans égard pour les ressources existantes ». Selon Dave Valliere, professeur en entrepreneuriat à l’Université Ryerson, cela veut dire qu’une opportunité s’impose à vous de telle façon que vous ne pouvez faire autrement que la suivre – et ce, même si vous n’avez pas les ressources nécessaires. Vous tenez simplement pour acquis que vous trouverez un moyen de parvenir à vos fins, explique-t-il.

Les attributs d’un entrepreneur

Il n’y a pas d’entrepreneur type, dit Simon Jalbert, participant au programme national The Next 36, qui s’adresse aux étudiants de premier cycle doté d’un bon sens de l’innovation. Toutefois, la plupart des entrepreneurs ont quelque chose en commun : la motivation. Pour réussir, il faut aussi de l’ambition et une bonne éthique de travail.

« Pour réussir en affaires, il faut aimer travailler de longues heures, ne penser qu’à son entreprise, et être animé par une bonne dose de passion, ajoute Claudia Hepburn, directrice générale et cofondatrice du programme The Next 36. « Sans ces ingrédients, impossible de vendre votre idée à qui que ce soit, ni de sortir du lit à l’aube ou de vous coucher au petit matin pour faire en sorte que ça fonctionne ».

Monsieur Jalbert va dans le même sens : « Vous devez faire quelque chose qui vous passionne. Certains jours, tout va de travers, et vous ne tiendrez pas le coup si vous ne faites pas quelque chose que vous aimez vraiment. »

Beaucoup d’autres qualités peuvent vous aider à atteindre l’objectif de vous lancer en affaires. La motivation et l’éthique professionnelle sont deux choses que l’on ne peut pas vraiment « apprendre », mais il y a des compétences précieuses qui, selon les experts, ne sont pas innées, mais bel et bien apprises.

Par exemple, les gens plutôt introvertis pensent que la vente est un talent inné – mais c’est faux, explique M. Valliere. « D’ailleurs, les études montrent que ce n’est pas inné, précise-t-il. N’importe qui peut arriver à vendre, apprendre les rouages de la vente et devenir bon vendeur. Après avoir observé des entrepreneurs prospères, on a constaté que toutes sortes de gens réussissent, ça n’a rien à voir avec la personnalité. »

Rodney Larmand est président du Collège Pro Painters, une société qui offre aux étudiants l’occasion de créer leur propre entreprise et qui produit ainsi 700 entrepreneurs par année. Monsieur Larmand signale qu’il n’y a pas deux entrepreneurs pareils. « Bon nombre d’entre eux sont introvertis. Ils sont motivés et passionnés, mais ça ne paraît pas toujours. L’expérience entrepreneuriale que nous leur offrons agit comme un catalyseur de croissance, car nous leur enseignons à vendre, à diriger des gens et à communiquer plus efficacement – autant d’aptitudes essentielles quand on est à la tête d’une entreprise, explique-t-il. Depuis 42 ans, nous avons prouvé que si la motivation de base est là, le reste s’apprend, notamment le leadership et la gestion. Plusieurs parmi nos meilleurs chefs d’entreprise ont un côté introverti, ce sont donc aussi des personnes qui savent écouter, réfléchir et tisser des relations personnelles durables avec leur entourage professionnel, ce qui est essentiel quand on veut diriger les autres. »

Autre chose qui s’apprend : penser comme un entrepreneur. En fait, des programmes comme la spécialisation en entrepreneuriat de la Ted Rogers School of Management, de l’Université Ryerson, permet justement d’acquérir des compétences entrepreneuriales.

« Il s’agit de discerner des choses qui n’existent pas encore et de trouver le moyen de les créer. Nous nous percevons comme les créateurs ou les artistes de l’entreprise, précise M. Valliere, qui est également directeur de l’Entrepreneurship Research Institute de l’Université Ryerson. Les entrepreneurs entrevoient le possible, ils voient ce qui n’existe pas encore. Leurs paramètres mentaux sont particuliers. »

Par exemple, les ressources techniques nécessaires pour créer des sites comme Amazon ou Facebook étaient disponibles bien avant leur création. On pourrait penser que ces sites n’ont rien d’extraordinaire puisque « n’importe qui aurait pu les créer, poursuit M. Valliere. On aurait pu les créer, mais on ne l’a pas fait. La question est de savoir comment acquérir cette habileté à voir les choses avant que quelqu’un d’autre ne les réalise? Beaucoup de choses crèvent les yeux une fois qu’elles existent. » C’est ce que montre le programme de spécialisation en entrepreneuriat de l’Université Ryerson, en plus d’y apprendre à cerner les opportunités, à planifier les affaires et à gérer l’innovation.

Stimuler l’esprit d’entreprise au Canada

Dans le cadre de ses travaux, M. Valliere s’est demandé si la culture a une incidence sur le fait que, dans une société, les gens vont penser comme des entrepreneurs.

Beaucoup de personnes estiment que le Canada ne produit pas suffisamment d’entrepreneurs qui laissent leur marque en créant des sociétés et des produits de calibre international. Monsieur Valliere pense que la culture d’un pays peut influer sur le nombre d’entrepreneurs qu’il produit : « Les Canadiens sont très modestes, ils ne nourrissent pas d’ambitions grandioses. Ils le pourraient, mais ne le font pas. »

Madame Hepburn et le programme The Next 36 veulent changer l’attitude des jeunes Canadiens pour les amener à créer des sociétés de premier ordre.

« Nous croyons que beaucoup d’étudiants canadiens brillants ne visent pas assez haut et préfèrent intégrer des sociétés où ils mèneront une vie productive et gagneront un bon salaire, plutôt que de créer de grandes organisations comme Facebook ou RIM, estime-t-elle. Pour bâtir des organisations canadiennes qui laissent leur marque, il offrir des modèles aux jeunes, et leur permettre d’acquérir les compétences et la pratique nécessaires. The Next 36 s’est fixé pour objectif d’accroître la prospérité canadienne en donnant naissance à une génération d’entrepreneurs ayant un impact important. »

The Next 36 s’est inspiré d’un excellent cours donné pendant six ans à l’Université de Toronto sur l’économie de l’entrepreneuriat. Le professeur qui donnait ce cours, Reza Satchu, a participé à la création de ce programme en vertu duquel on choisit 36 des étudiants les plus brillants du Canada qui rêvent aussi de fonder leur entreprise.

« Ce cours nous a amenés à penser que les Canadiens avaient vraiment besoin d’un programme permettant de choisir, parmi les meilleurs étudiants et les plus prometteurs, ceux qui avaient le plus d’ambition et de réalisations à leur actif, explique Mme Hepburn. Nous avons donc décidé de créer un programme à nul autre pareil, que ce soit au Canada ou dans le monde, qui donnerait aux étudiants l’occasion d’acquérir une expérience unique et de nouer des liens qui changeraient la trajectoire de leur croissance. »

Les 36 aspirants entrepreneurs sont sélectionnés parmi plus de 1 000 candidatures – des étudiants d’université qui en sont à leur troisième, quatrième ou cinquième année d’études – et sont répartis en groupes de trois. La plupart d’entre eux travaillent de façon isolée les cinq premiers mois. Ils consacrent leur temps à finir leurs études et à définir leur projet d’entreprise. Par la suite, au début de l’été, ils viennent tous à Toronto, et les groupes vivent ensemble et se concentrent sur leur projet. Chaque groupe est associé à un mentor, quelqu’un du milieu des affaires qui connaît l’industrie, par exemple Jordan Banks, le directeur général de Facebook Canada. Ils participent à des cours spéciaux donnés par d’éminents professeurs de la Rotman School of Management, Harvard Business School, MIT (Massachusetts Institute of Technology) et Richard Ivey School of Business.

Les étudiants travaillent sur des projets d’entreprise liés aux applications mobiles, à la haute technologie ou à l’Internet, car ce sont les domaines dans lesquels il est le plus facile et le moins coûteux de se lancer en affaires en neuf mois, raconte Mme Hepburn. Les frais de scolarités sont assumés par des donateurs, par exemple des membres fondateurs et des chefs de file du monde canadien des affaires, comme Jimmy Pattison, W. Galen Weston et Paul Desmarais. Des investisseurs injectent jusqu’à 80 000 $ dans les entreprises des étudiants.

Le conseil de Mme Hepburn aux futurs candidats et entrepreneurs? Toujours faire preuve d’intégrité et de professionnalisme. « Vous devez être crédible, ce qui veut dire honorer vos engagements. »

Même si vous n’avez pas à votre disposition les mêmes ressources que ces étudiants, il vous suffit d’avoir une idée géniale et un plan d’affaires solide pour trouver un investisseur. Ce n’est pas aussi difficile qu’on le croit, ajoute M. Valliere. « Les investisseurs ne tiennent pas à laisser leur argent croupir à la banque. Ils veulent bien le donner, mais à quelqu’un qui en vaut la peine. Si vous avez trouvé un filon et que vous êtes prêt à l’exploiter, vous trouverez quelqu’un. »

« Mais vous devez avoir fait vos devoirs et être muni d’un vrai plan d’attaque – quelque chose de réalisable et pas trop risqué, explique-t-il. Il est essentiel d’avoir un bon plan d’affaires, sinon, vous pénétrez en zone dangereuse. »

La part de risque de l’entrepreneuriat

« L’entrepreneuriat est une chose risquée, et beaucoup d’entreprises échouent, précise Mme Hepburn. Il ne faut pas être trop idéaliste ni s’en tenir à ses impressions. Il faut réagir aux signaux que lance le marché pour savoir si votre produit n’est pas désiré. »

Le public croit généralement que les entrepreneurs aiment prendre des risques, explique M. Valliere, mais ces risques ne le sont que de l’extérieur. Les entrepreneurs n’aiment pas prendre des risques…Ils sont en possession de renseignements que nous n’avons pas. Et c’est ce que nous enseignons à nos étudiants – comment voir ce qui reste invisible pour les autres.

Monsieur Larmand signale que le programme du Collège Pro Painters – qui existe depuis 40 ans, peut aider à minimiser le risque, car les participants ont accès à des mentors et à des cours pour apprendre à diriger une entreprise. Les étudiants louent une franchise pendant un an, ce qui leur donne le temps de découvrir les tenants et les aboutissants de l’entrepreneuriat. Un programme de formation intense est offert pendant l’année scolaire pour préparer les étudiants à un emploi d’été. Ils y apprennent à commercialiser leurs services, à recruter des employés, à traiter avec la clientèle, à rédiger des devis, créer des budgets, gérer les finances et résoudre des conflits, entre autres aptitudes d’affaires.

Collège Pro Painters veille à ce que les étudiants entrepreneurs échangent avec les anciens participants pour avoir une idée de la manière dont le programme fonctionne. « Ainsi, ils sont en mesure de comprendre les défis, mais aussi les hauts et les bas d’une entreprise, explique M. Larmand. L’excellence des gens dépend de la rapidité avec laquelle ils apprennent. Ils doivent comprendre que les erreurs sont inévitables, mais qu’un bon entrepreneur ne les répète pas deux fois. La réussite dépend donc de leur capacité à tirer des leçons de ces erreurs.

Certains étudiants se demandent peut-être si leur diplôme les aidera à devenir de bons entrepreneurs. Mais la question la plus importante est la suivante : Faut-il avoir un diplôme en commerce pour réussir? Non, d’après M. Larmand. « Pas plus de la moitié de nos étudiants sont inscrits à un programme d’études commerciales, explique-t-il. Beaucoup d’étudiants en arts se rendent compte qu’ils aiment être à la tête d’une entreprise. Les étudiants qui ne se spécialisent pas en commerce apprennent à savoir ce qu’ils veulent dans la vie et à se lancer dans le milieu des affaires. Et je crois que plusieurs d’entre eux vont chercher à avoir un rôle entrepreneurial dans une société, par exemple en décrochant un poste de cadre. »

Les avantages de l’entrepreneuriat

En bout de ligne, la motivation et la passion sont les deux plus importants ingrédients du succès d’un entrepreneur. Si vous faites ce que vous aimez, et que vous le faites selon vos propres critères, vous pouvez devenir ce dont beaucoup rêvent : votre propre patron.

« L’entrepreneuriat est une bonne façon d’atteindre plusieurs buts à la fois : gagner de l’argent, améliorer le monde, s’amuser en travaillant et avoir une carrière intéressante, explique M. Valliere. Beaucoup de gens choisissent cette voie parce qu’ils aiment l’autonomie; ils ne veulent pas avoir de patron. Ils veulent faire les choses à leur façon et décider de leur emploi du temps. Ou peut-être veulent-ils transmettre un héritage. »

Pour atteindre la réussite et l’autonomie, il faut être proactif et motivé. « Si vous avez besoin d’être dirigé pour agir, vous n’avez pas vraiment l’étoffe d’un entrepreneur », ajoute M. Larmand.

Plus tôt vous commencez à réfléchir, mieux ce sera.

« Il n’est jamais trop tôt pour commencer à réfléchir à la manière dont vous pouvez régler un problème et faciliter la vie des gens », conclut Mme Hepburn.

 

Jordan Adams est titulaire d’un diplôme en journalisme de l’Université Carleton.

 

Pour plus de renseignements, veuillez consulter : ryerson.ca/ent, tedrogersschool.ca, thenext36.ca,collegepro.com, careeroptionsmagazine.com

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