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L’entrepreneuriat social, ou le sens des affaires et l’envie de changer le monde

Par Jordan Adams

Est-ce que vous aimeriez éliminer de la société un problème en particulier? Avez-vous le sens des affaires et cultivez-vous les idées novatrices? Pourrait-on vous dire passionné, motivé et optimiste?

L’entrepreneuriat social pourrait bien correspondre à ce que vous recherchez. Non seulement aurez-vous la satisfaction de travailler à votre compte, mais également d’œuvrer pour les autres, dans l’intérêt de toute la société.

Deux chefs de file canadiens de l’entrepreneuriat social ont contribué à changer la culture entourant les activités et œuvres caritatives. Il s’agit des frères Kielburger, Marc et Craig. Leurs organismes, Enfants Entraide et Me to We, ont inspiré toute une génération à agir pour améliorer la société.

« L’entrepreneuriat social, c’est créer un mode de vie visant à faire de meilleurs choix pour créer un monde meilleur », explique Marc Kielburger, cofondateur d’Enfants Entraide et Me to We, qui s’est entretenu avecOptions Carrières lors d’une activité récente destinée aux jeunes entrepreneurs du programme The Next 36 – un programme national permettant de cibler les meilleurs entrepreneurs parmi les étudiants inscrits à un programme d’études universitaire de premier cycle.

Les entreprises sociales peuvent être lucratives ou pas – mais elles ont toutes pour objectif de régler un problème social. Par l’entremise de programmes nationaux et de coopération internationale, l’organisme sans but lucratif Enfants Entraide s’est donné pour mission d’aider les jeunes à sortir de la pauvreté et de l’exploitation, et de les inciter à développer leur conscience sociale pour devenir des citoyens du monde.

Lorsque les deux frères ont fondé leur œuvre caritative, en 1995, il n’était pas très « cool » de vouloir changer le monde. « J’ai passé ma neuvième année dans un casier », raconte M. Kielburger, non sans ajouter qu’il est important de rendre l’action sociale « cool » pour réussir dans l’industrie de l’entrepreneuriat social.

« L’idée est donc de se servir de la pression des pairs de façon positive. Pour ce faire, il faut créer des événements, saisir des occasions, passer par des célébrités et utiliser Facebook », explique-t-il. Les frères Kielburger ont réalisé cela à l’aide de « We Day » — une manifestation pancanadienne dont l’objectif est d’amener les jeunes à sentir qu’ils ont le pouvoir de changer les choses et de les engager à faire du bénévolat.

Depuis quelques années, l’entrepreneuriat social gagne en respect et en attention, précise Claudia De Simone, directrice des Programmes, Venture, Fellowship et des partenariats universitaires chez Ashoka Canada, une association mondiale d’entrepreneurs sociaux. « Je pense qu’il y a dix ans, et même cinq ans, les gens ne comprenaient pas l’expression « entrepreneuriat social », dit-elle. Mais je crois que de plus en plus de jeunes sont décidés à faire leur part pour améliorer les choses dans le monde, et envisagent même d’en faire un moyen de subsistance. »

« L’entrepreneuriat social va être la force dominante du changement social, par opposition aux œuvres caritatives traditionnelles », soutient M. Kielburger. Le moment est propice à la création d’une entreprise sociale. « Embarquez pendant qu’il en est encore temps et vous pourrez vous distinguer dans un nouveau secteur plutôt que de suivre une voie toute tracée dans un secteur déjà bien établi. »

Alors, quel conseil donneraient aujourd’hui de jeunes entrepreneurs bien établis à des étudiants du niveau postsecondaire? Il faut par-dessus tout avoir le feu sacré; sans ça, les moments difficiles seront trop durs à traverser.

« Ne commencez pas avant d’avoir trouvé un problème qui vous passionne au point où ne pas le régler vous rendrait fou », lance Heather Payne, qui a créé sa propre entreprise sociale, appelée Ladies Learning Code. Son organisme sans but lucratif existe depuis un peu plus d’un an et 1 700 femmes (et quelques hommes, qui sont aussi les bienvenus) l’ont déjà fréquenté pour acquérir des compétences dans le domaine des nouvelles technologies, par exemple en création de sites Web ou édition de photos. Ces cours sont donnés par plus de 400 bénévoles de la communauté des technologies de Toronto. L’objectif de Mme Payne est de réduire les inégalités qui touchent les femmes en matière de maîtrise des nouvelles technologies.

« Nous avons trouvé une façon de créer un environnement vraiment accueillant pour les femmes. Elles s’y sentent à l’aise et elles peuvent apprendre avec plaisir. De plus, nos ateliers sont offerts à prix modique », précise Mme Payne. Moyennant 50 $, elles peuvent passer toute une journée avec un spécialiste en nouvelles technologies.

Madame Payne travaillait dans une entreprise débutante spécialisée en technologies, mais elle a préféré se lancer dans l’entrepreneuriat social. « Mon but n’est pas de créer le prochain Farmville. J’aime l’entrepreneuriat social, car il permet de se pencher sur un problème social et de se dire “ je crois que nous pouvons trouver une solution qui nous permettra au moins d’aller dans la bonne direction ” ».

Madame Payne, qui a aujourd’hui 25 ans, avoue qu’il était un peu risqué et effrayant de fonder une entreprise sociale, mais que, finalement, ça en a valu la peine – elle ouvre maintenant une succursale à Vancouver, et prévoit en ouvrir d’autres au Canada, mais aussi aux États-Unis. Sa formation en commerce et sa fibre entrepreneuriale l’ont aidée à prospérer dans l’entrepreneuriat social. « J’adore le fait que l’entrepreneuriat social permette d’associer les principes du monde lucratif à des problèmes sociaux qu’il faut vraiment régler, ce qui donne des entreprises novatrices, intéressantes et durables. »

Une fois que vous avez trouvé la cause qui vous allume, Mme De Simone dit qu’il faut se lancer. « Prenez un risque…si rien ne se produit, créez quelque chose. » Elle pense qu’il est beaucoup plus facile d’attirer des investisseurs ou des partenaires lorsqu’on a déjà une idée et un plan.

Selon M. Kielburger, quand vous aurez trouvé le « pourquoi » de votre entreprise – c’est-à-dire le problème social que vous voulez régler – passez au « comment ». Il faut être exagérément idéaliste et « avoir une vision plus grande que ce que vous pensez pouvoir faire ».

« Sortez de votre zone de confort! »

 

Jordan Adams est titulaire d’un diplôme en journalisme de l’Université Carleton.

 

Pour plus de renseignements, veuillez consulter : freethechildren.com, metowe.com, canada.ashoka.org,ladieslearningcode.com, magazineoptionscarrieres.com

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