De la machine à écrire au réseautage en ligne: la recherche d’emploi a bien changé
Par Kristy Wright Petite, je savais déjà qu’il me faudrait officiellement devenir adulte à un moment précis : en 2012. Ce serait l’année de ma graduation de l’université et, comme je n’avais aucune intention de poursuivre au deuxième cycle, je devrais théoriquement posséder tous les outils pour démarrer ma carrière et ne plus avoir à
Par Kristy Wright
Petite, je savais déjà qu’il me faudrait officiellement devenir adulte à un moment précis : en 2012. Ce serait l’année de ma graduation de l’université et, comme je n’avais aucune intention de poursuivre au deuxième cycle, je devrais théoriquement posséder tous les outils pour démarrer ma carrière et ne plus avoir à compter sur le coup de pouce financier de mes parents.
En 1978, lorsque mes parents ont obtenu leur diplôme aux États-Unis, l’économie était florissante et le taux de chômage reculait. Après avoir cherché quelques noms d’entreprises à la bibliothèque de son école, mon père avait rédigé son curriculum vitae et sa lettre de présentation à la machine à écrire et les avait envoyés par la poste. Quelques lettres, et hop, on lui offrait un poste dès la fin de ses études. Pas surprenant que mes parents aient pu passer directement de locataire étudiant à propriétaire de maison, impatients de commencer leur vie d’adulte.
J’imagine que mes parents ont toujours pensé que mes sœurs et moi en ferions autant. Mais nous sommes loin de 1978. Avec le taux de chômage en hausse constante depuis la fin de mes études secondaires, je doute de rééditer un tel succès. J’ai beau avoir l’âge de quitter le nid familial, les limites du marché du travail actuel me poussent à croire que je devrai occuper ma chambre d’adolescente jusqu’à ce que j’aie les moyens de voler de mes propres ailes. Je ferai donc comme a fait l’une de mes sœurs lorsqu’elle a obtenu son diplôme : elle a dû attendre quelques mois avant de se trouver un emploi et prendre son envol. D’ailleurs, ma situation n’a rien d’unique, puisque bon nombre de mes pairs sont revenus à la maison jusqu’à ce qu’ils se bâtissent une fondation solide pour leur carrière.
Pour moi, c’est une sage solution à long terme, mais pour mes parents, c’est une situation gênante de dernier recours. Au mois de mars de chaque année scolaire, je revis plus ou moins la même conversation téléphonique avec mes parents :
« Maman, papa, je suis tellement stressée! J’ai trois travaux à rédiger, en plus je dois faire la promotion des événements pour lesquels je me suis portée bénévole! »
« Fais de ton mieux ma chérie. En passant, as-tu fait tes demandes de stage? »
« Mais mes travaux — »
« Et ton compte de banque? As-tu téléphoné à la banque aujourd’hui? As-tu ajouté des minutes à ton forfait de téléphone? »
Je sais qu’ils me veulent le plus grand bien, mais j’ai parfois l’impression qu’ils ne réalisent pas à quel point la recherche d’emploi n’est plus ce qu’elle était. La formule miracle de leur génération ne répond plus à la réalité d’aujourd’hui.
Voici l’exemple parfait : mes parents croient que le processus de recherche pour un emploi à temps partiel sert d’exercice pratique pour acquérir un certain professionnalisme. Vendre ma salade sur un formulaire de candidature, serrer la main du responsable et toujours offrir une performance impeccable en entrevue devraient m’aider à saisir le sens du réseautage. Pendant des années, ma mère me tendait les clés de sa voiture, m’ordonnait de changer mon T-shirt pour un chemisier convenable et me poussait hors de la maison afin que je consacre ma journée à « réseauter » avec les gérants de grands magasins et de restauration rapide.
Elle ne saisit pas qu’aujourd’hui, cette façon de faire est devenue presque une perte de temps. Si je demandais à parler au responsable, l’employé adolescent à l’avant me demanderait pourquoi. Si je lui disais : « c’est pour une demande d’emploi », il me répondrait sûrement : « tous nos formulaires de candidature sont disponibles en ligne », sur le ton de la réplique trop souvent répétée.
Je devrais alors rebrousser chemin avec mon maigre butin de deux formulaires dans mon sac après avoir visité plus d’une douzaine de magasins. À la maison, je n’ai qu’à démarrer mon ordinateur portable et à cliquer sur les petites cases du formulaire électronique de candidature parfaitement organisé, mais totalement dépourvu de toute personnalité. Cette méthode plaît sûrement aux gérants, car ils n’ont pas à endurer vos longues réponses préparées d’avance et n’ont pas à gérer le contact en face à face. C’est d’autant plus facile pour eux de vous ignorer.
Depuis que je me suis trouvé un appartement en ville cet été, mes parents et moi nous appelons pour prendre des nouvelles. Je l’avoue, lorsque je ne travaille pas, mes yeux sont rivés à mon écran d’ordinateur, l’onglet Facebook ouvert en tout temps. Même au téléphone, je peux entendre mes parents s’échanger un regard désapprobateur.
Ils ne savent pas que, pour moi, c’est aussi du travail. Facebook n’est pas un substitut pour les méthodes de réseautage de mes parents, c’est un supplément. Ajouter des collègues de travail à ma liste d’amis Facebook équivaut à une lettre de remerciement. Lorsque je partage des liens vers des blogues ou des sites Internet qui ont publié mes articles, j’augmente le nombre de visiteurs sur la page et, par le fait même, le bassin de gens qui me suivent. Lorsque « j’aime » la page d’une entreprise, elle me permet de suivre ses progrès au cas où je déciderais d’y postuler un emploi un jour.
Je ne pourrai peut-être pas prétendre jouir de mon entière indépendance financière d’ici 2012. Pourtant, même si mes parents considèrent que je passe un peu trop de temps sur Facebook, je sais que négliger les tendances des réseaux sociaux en ligne nuirait à ma carrière. De toute façon, j’ai toujours préféré les T-shirts aux chemisiers.

