Entrevue avec des Dragons : Les risques et les avantages de l’entrepreneuriat
Par Gaël Bachand-Morin
L’entrepreneuriat vous intéresse, mais vous désirez en connaître un peu plus sur les aléas du métier? Qu’à cela ne tienne! Pour obtenir des conseils de pros, nous avons invité deux dragons de l’émission de Radio-Canada, « Dans l’œil du Dragon », à répondre à nos questions. Voici donc Danièle Henkel et François Lambert, qui ont accepté de nous accorder une entrevue afin de nous faire profiter de leur expérience.
Options Carrières : À quoi ressemble le quotidien d’un entrepreneur?
Mme Henkel : C’est l’inconnu tous les jours (rire)! Un entrepreneur n’a pas « d’heures ». Il ne sait pas toujours à quelle heure sa journée va commencer, ni à quelle heure elle va se terminer. L’adaptabilité et l’organisation « non conventionnelles » font partie du quotidien d’un entrepreneur.
M. Lambert : Un entrepreneur choisit de l’être par passion, parce qu’il n’est pas libre. La vie de famille, ça n’existe pas. Les loisirs avec les amis, vous allez les manquer. Que vous le vouliez ou non, les problèmes du bureau vont souvent passer avant tout. Ça occupe nos pensées 24 h par jour.
OC : Quels sont les risques et les aléas de l’entrepreneuriat?
Mme Henkel : Les risques financiers sont omniprésents. Quand on démarre en affaires, on se pose beaucoup de questions sur le financement. Lorsqu’on est en affaires depuis un an ou deux, c’est une évolution. Plus on grandit, plus les risques deviennent importants parce que pour grandir, il faut plus de ressources humaines, donc plus de ressources financières.
M. Lambert : Il faut toujours garder un œil sur la concurrence pour savoir comment faire évoluer son entreprise. C’est aussi très important de toujours écouter le marché. Il faut savoir l’écouter et s’y adapter constamment, car c’est lui qui nous apporte du pain!
OC : Quels sont les avantages d’être un entrepreneur?
Mme Henkel : Le mot « avantages » me dérange un peu (rire)! On ne démarre pas en affaires pour en tirer des avantages personnels ou financiers. On se lance en affaires parce qu’on aime ça et parce qu’on a d’abord la « fibre entrepreneuriale ». Être entrepreneur, c’est être son propre patron. On se lance en affaires parce qu’on veut être indépendant.
M. Lambert : Tu as tous les avantages (rire)! Autant un entrepreneur n’a pas de liberté, autant il a de la liberté. On doit faire attention quand on est son propre patron. En fin de compte, c’est le pouvoir de décider, de pouvoir changer le monde un petit peu à sa façon, mais surtout c’est le sentiment de satisfaction personnelle. Quand tu fais un bon coup, tu sais que c’est toi qui l’as fait. Toi et ton équipe, bien entendu. On récolte ce que l’on sème!
OC : Quelles sont les qualités d’un entrepreneur qui réussit?
Mme Henkel : La ténacité, la persévérance et la passion. L’une des grandes qualités d’un entrepreneur est de savoir dédramatiser. Il faut prendre l’adversité comme une expérience. C’est ce qui vous fait grandir. Il ne faut pas s’arrêter au problème, mais plutôt à la façon de le résoudre.
M. Lambert : Il faut évidemment un bon produit! En entrepreneuriat, il faut avoir le goût du risque et être capable de le gérer. Quand on est en affaires, chaque jour est un risque. Le souci du bon produit, le goût du risque et la persévérance sont les qualités d’un entrepreneur.
OC : À quoi un jeune entrepreneur doit-il faire attention?
Mme Henkel : Il faut faire attention à ne pas être arrogant. L’arrogance est le signe d’un manque d’intelligence. Quand on est arrogant, c’est parce qu’on a peur et qu’on essaye de compenser un manque de confiance.
M. Lambert : Il faut savoir s’entourer. Il y a très peu d’entrepreneurs qui réussissent seuls aujourd’hui. Que ce soit dans le cadre d’un mentorat ou d’un partenariat, le plus grand conseil que je peux donner c’est de ne pas avoir peur de s’entourer. Mais il faut que tout le monde travaille dans la même direction et que chacun accepte son rôle.
OC : Quand est-ce qu’une « bonne idée » est en fait une « mauvaise idée » selon vous?
Mme Henkel : Quand notre projet devient comme un poids, qu’on a l’impression que c’est un fardeau. Quand on se sent emprisonné dans une boîte et qu’on a l’impression que la créativité n’est plus là. Une idée n’est pas nécessairement « bonne » ou « mauvaise ». Il faut être conscient de nos sentiments personnels par rapport à l’idée.
M. Lambert : Une mauvaise idée, c’est lorsqu’on devient trop émotif et qu’on ne voit plus clair. Quand on s’entête à essayer de faire fonctionner un projet qui enregistre des pertes. C’est normal d’enregistrer des pertes occasionnelles, mais il faut savoir arrêter d’investir dans un projet qui ne rapporte pas. On doit être conscient du moment où l’émotivité nous empêche d’être lucides.
OC : Comment savoir reconnaître le moment où l’on doit abandonner un projet?
Mme Henkel : Un projet qui n’évolue pas. Un projet peut prendre des mois ou des années avant de se concrétiser. Mais si l’idée du projet n’évolue pas dans les trois premiers mois, elle n’est pas bonne. S’il faut plus de trois mois pour franchir une étape, si petite soit-elle, c’est que l’idée ou le projet n’est pas bon.
M. Lambert : On démarre souvent un projet sous le coup d’une émotion, après un « flash ». Mais cette même émotion peut venir nous « tuer » plus tard si l’on reste trop émotif. Pour lancer un projet, il faut le sentir dans nos tripes, être émotif, naïf et même aveugle. Mais pour faire « rouler » le projet une fois qu’il est démarré, il faut savoir mettre l’émotion de côté. Il n’y a pas de moment précis ou de recette. On le sait comme investisseur quand l’effort requis est trop grand par rapport au gain potentiel.
OC : Quels conseils donneriez-vous à un élève du secondaire qui désire poursuivre ses études au niveau collégial ou universitaire dans le but de devenir entrepreneur?
Mme Henkel : Pour moi, l’éducation est une obligation, un devoir et un droit. Pour être entrepreneur, il faut avoir certaines compétences de base. Il faut savoir compter, gérer et avoir des connaissances générales. Si, pour quelque raison que ce soit, on n’a pas tout ce bagage, il faut savoir s’entourer. Les études sont les fondations qui nous soutiendront tout au long de notre vie.
M. Lambert : Ça prend des qualités innées pour être entrepreneur : être un leader, avoir le goût du risque et de la persévérance. Mais je crois qu’il faut une éducation pour devenir un bon entrepreneur. Il faut être capable de gérer un budget et de parler avec les gens. L’éducation nous donne les outils pour réussir en entrepreneuriat. On n’est pas obligé de tout savoir, mais il faut en connaître assez pour être capable d’échanger avec tout le monde.
OC : Quels conseils donneriez-vous à un jeune entrepreneur lorsque vient le temps de parler d’argent?
Mme Henkel : L’argent est un outil de travail. Il faut être capable de parler d’argent comme on parle d’un outil courant. C’est une façon de démystifier l’argent. Il faut avoir confiance en soi. Il faut savoir parler clairement de son objectif.
M. Lambert : Si vous faites un projet pour faire de l’argent, vous allez être déçu. Parce que l’argent n’arrive pas tout de suite. Il ne faut pas travailler pour l’argent. On doit d’abord travailler avec passion. Quand on est jeune et qu’on se lance en affaires, on a besoin de demander de l’argent pour commencer. Il faut croire en ses chiffres. Il ne faut pas avoir peur de l’argent et il faut poursuivre ses rêves. Si l’argent devient une fin, c’est la fin de notre projet.
OC : Avec toute l’expérience que vous avez acquise aujourd’hui, qu’auriez-vous aimé savoir de votre métier lorsque vous avez débuté?
Mme Henkel : Je vous réponds personnellement, mais je crois qu’il valait mieux que je ne le sache pas! Toutes les passions que vous avez vous feront vivre des défis quotidiens. Je dirais « vas-y, qu’est-ce que tu as à perdre, sinon t’émerveiller tous les jours? » Quand tu auras relevé un défi, tu seras content. Fais-toi donc confiance!
M. Lambert : Ce qui aurait été bien qu’on me dise, même si je ne l’avais pas écouté, c’est : « tu crois que tu vas travailler beaucoup et tout le temps, mais en fait tu vas travailler encore plus que ça! » Jamais je n’aurais pensé travailler aussi fort. « Es-tu prêt à travailler sans arrêt pendant les 10 à 15 prochaines années de ta vie, et n’avoir que ça à l’esprit »? Si la réponse est oui, vas-y.
Gaël Bachand-Morin est rédacteur à la pige.
Pour plus de renseignements, veuillez consulter : radio-canada.ca/emissions/dans_l_oeil_du_dragon/2011-2012/, magazineoptionscarrieres.com

