Les régimes coop et l’apprentissage par l’expérience : des récompenses qui en valent la peine

Au cours de la dernière année, pratiquement tous les médias canadiens ont présenté des reportages sur des étudiants de niveau postsecondaire prêts à entrer sur le marché du travail, incapables de se trouver un emploi dans leur domaine en raison d’un manque d’expérience, mais incapables d’acquérir de l’expérience sans avoir un emploi. Nous avons entendu des histoires controversées de stages où de jeunes gens talentueux se résignent à donner leur temps de travail au profit d’une entreprise rentable.

Aujourd’hui encore, dans les médias, on passe sous silence l’existence de programmes établis depuis longtemps qui donnent aux étudiants et étudiantes l’occasion de vivre une expérience de travail stimulant, et rémunéré, dans leur domaine.

L’enseignement coopératif, c’est un emploi qui offre des applications pratiques contribuant à la réussite scolaire d’un étudiant. L’étudiant est payé pour son travail, supervisé et évalué à la fois par l’employeur et par l’établissement d’enseignement.

Les régimes coop sont offerts dans pratiquement tous les domaines et offrent divers types d’expériences, de la recherche documentaire au travail de première ligne, et tout ce qu’on peut trouver entre les deux.

L’Université de Waterloo a été la première université canadienne à offrir un régime coop. Aujourd’hui, son programme est le plus important au monde, avec 60 pour cent de la population étudiante qui y participe.

Selon l’Association canadienne de l’enseignement coopératif, un programme coop propose en alternance des périodes d’études et des périodes de travail, contrairement au stage, qui correspond à une seule période de travail. Le programme de l’Université de Waterloo est structuré de cette façon.

« Le principe derrière le programme est que si les étudiants et étudiantes ont la possibilité d’appliquer ce qu’ils apprennent dans leurs cours à une situation de travail, ils le comprendront encore mieux lorsqu’ils reviendront en classe », déclare Peggy Jarvie, la directrice générale de la Co-operative Education and Career Action pour l’université.

L’alternance est conçue de façon à permettre aux étudiants et étudiantes de tester les connaissances théoriques acquises en classe, tout en leur offrant l’occasion d’explorer diverses possibilités de carrières dans de multiples postes.

Pour les étudiants du régime coop de l’Université de Waterloo, chaque session dure quatre mois. Quand ils obtiennent leur diplôme, les étudiants et étudiantes ont réalisé en tout jusqu’à deux ans de travail professionnel, généralement au sein de plusieurs entreprises différentes.

« Comparés aux autres étudiants, ils ont une bien meilleure idée du type de travail qu’ils veulent faire une fois leur diplôme obtenu et du type d’endroit où ils souhaitent travailler, simplement grâce à la variété de ces expériences », ajoute Mme Jarvie.

Les postes coop sont considérés comme des plateformes de formation qui fournissent une expérience ciblée et offrent une rémunération bien plus intéressante que les emplois pour étudiants habituels. Bradley Jung est en quatrième année de génie aérospatial à l’Université Carleton. Il a déjà fait plus d’une année de travail lié précisément à sa carrière grâce à un programme coop. Il souligne que les régimes coop offrent des privilèges d’embauche rarement offerts sur le marché du travail. « Ce sont des emplois spécifiquement attribués à des étudiants. Une fois que vous avez reçu votre diplôme, vous vous retrouvez en concurrence avec l’ensemble du marché », affirme M. Jung.

Il y a deux ans, Graham Lewis a obtenu un diplôme en génie civil, un des nombreux programmes où le régime coop est obligatoire à l’Université de Waterloo. Il dit que le fait de participer au programme coop permet d’avoir une vision plus globale, en classe et à l’extérieur.

« Avant d’occuper un emploi à temps plein, vous avez un échantillon de six compagnies différentes – si ça ne vous convient pas, vous n’êtes là que pour quatre mois. Si votre emploi est pourri, vous repartez et vous essayez autre chose », dit-il.

Pendant six sessions dans le cadre de son programme de cinq ans, il a occupé nombre de postes pour différentes compagnies, de l’inspection des sites à la gestion de la construction. « Une fois les sessions terminées, mon CV avait des années d’avance sur tous les autres étudiants provenant des autres programmes, auxquels je devais me mesurer », affirme M. Lewis.

D’après une étude réalisée par l’Université de Waterloo, M. Lewis est loin d’être une exception. Les diplômés des programmes coop ont plus de chances de dénicher des emplois de niveau supérieur et mieux rémunérés que ceux qui n’ont pas participé à un tel programme, quel que soit leur milieu socioéconomique et leurs réalisations scolaires.

Avec l’augmentation constante des frais de scolarité, les postes coop peuvent créer une situation plus juste pour les étudiants sur le plan financier. Les programmes étant conçus pour donner lieu à des périodes d’emploi rémunéré, ils leur permettent de subvenir à leurs besoins pendant leurs études. Ce fut le cas pour M. Lewis; ce dernier affirme avoir réussi à faire quelques économies pendant ses études à l’université, même après avoir réglé ses frais de scolarité et de subsistance.

Le salaire n’est qu’un des bénéfices des régimes coop; les postes offrent en plus des avantages qui durent toute une carrière. « Entre autres choses, on apprend comment se comporter dans un milieu de travail : des choses comme la clarté des communications, le travail d’équipe, l’esprit d’initiative – tout cela fait l’objet d’attentes et de gratifications différentes dans le milieu de travail et dans le milieu universitaire », déclare Mme Jarvie. Elle ajoute que les étudiants et étudiantes qui ont complété un programme coop peuvent se vanter d’être en mesure de mieux gérer leur temps et d’avoir de meilleures compétences en matière d’organisation.

Même si les régimes coop offrent bien des avantages, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une partie de plaisir.

« C’est difficile. Une fois le programme coop commencé… on est à la recherche d’un emploi pendant chaque session d’étude », affirme Mme Jarvie. En plus d’un horaire d’étude chargé, les étudiants et étudiantes doivent envoyer des CV et planifier des entrevues, constamment à la recherche de leur prochain poste.

Dès son inscription à Carleton, M. Jung prévoyait participer au régime coop. « J’ai trouvé ça plutôt difficile. Les compagnies qui travaillent précisément dans l’aérospatiale ne sont pas si nombreuses. »

Désireux de prendre une longueur d’avance en matière d’expérience, M. Jung a commencé la chasse aux emplois dès la deuxième année, alors que la plupart de ses pairs ont choisi d’attendre à leur troisième année.

« Je me disais que si je pouvais trouver un poste dès maintenant, je saurais mieux sur quoi me concentrer dans les années suivantes », dit M. Jung. On lui a offert un poste au Conseil national de recherches du Canada à la fin de sa deuxième année.

Monsieur Jung a accepté un programme coop de 16 mois au Centre de dépouillement des enregistreurs de vol. « Avant de faire partie du programme coop, j’avais une idée vague de ce que je voulais faire. La plupart des étudiants en génie aérospatial étudient dans ce domaine parce qu’ils aiment voler ou aiment les engins spatiaux », dit-il.

Les tâches quotidiennes de M. Jung ont consisté à analyser des données de vol, mais à la fin de son stage de travail, il avait conçu toute une application informatique destinée aux professionnels dans le domaine. En côtoyant des programmeurs, Jung disposait de ressources bien plus vastes qu’un manuel de cours pour le guider dans sa démarche.

Contrairement à l’Université de Waterloo, à l’Université Carleton tous les étudiants en génie n’ont pas l’obligation de suivre un programme coop. Même si cela ajoutait une année à son diplôme de baccalauréat, M. Jung était convaincu que le temps investi serait profitable.

« Je pensais que ce serait une bonne option. Je ne crois pas que beaucoup d’étudiants la choisissent, dit-il. J’estime que cela m’a donné une approche plus réaliste à la recherche d’emploi. »

Même s’ils s’inscrivent au régime coop, les étudiants et étudiantes ne sont pas assurés d’obtenir un placement. Les étudiants se disputent un petit nombre de postes. « La plupart des étudiants, une fois leur diplôme obtenu, ont passé plus d’entrevues que je l’ai fait dans toute ma carrière. Ils doivent donc apprendre à bien se présenter, tant sur papier qu’en personne », déclare Mme Jarvie.

Si le programme coop représente certainement un défi, il s’agit d’une voie inestimable pour la progression d’un cheminement de carrière. « Vous mettez un pied dans la porte, votre confiance en vous est renforcée, vous tissez des liens et vous obtenez de l’expérience dans l’industrie, affirme M. Jung. Je ne pense pas qu’on puisse y perdre quoi que ce soit. »

Madame Jarvie souligne que les programmes sont bénéfiques pour toutes les personnes impliquées : les étudiants, les employeurs et les établissements d’enseignement postsecondaire. « Les bénéfices valent assurément le travail supplémentaire, mais il faut s’y engager en toute connaissance de cause », dit Mme Jarvie.

Le régime coop a permis à M. Lewis de recevoir, à l’obtention de son diplôme, plusieurs propositions d’emploi. « Non seulement j’avais des emplois immédiatement disponibles, mais cela a permis la transition vers mon poste actuel. Je n’ai même pas eu à chercher », dit-il. Il a accepté un poste avec la compagnie où il avait fait ses deux derniers stages de travail. « Si j’avais à le recommander à quelqu’un, je ferais tout exactement de la même façon. Je n’ai rien de négatif à en dire. »

Danielle Klassen

Danielle Klassen est diplômée de l’école de journalisme de l’Université Carleton et vit actuellement à Toronto. Danielle, qui a des antécédents dans le milieu des affaires, donne aux lecteurs des outils pratiques pour naviguer sur les vagues de l’économie. Suivez Danielle sur Twitter : @daniklassen

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