Par Stuart Jeffery
Quand, par une froide après-midi de novembre, j’ai terminé mon entrevue avec Danielle Allard, artiste et professeure en communication, je me suis soudain souvenu des raisons pour lesquelles j’avais besoin d’écrire quelque chose de nouveau chaque jour. Reconnaissant, je l’ai félicitée pour sa chanson, Shipwreck, et pour l’ensemble de l’album sur lequel figure cette chanson, Chameleon, sorti en mai. Les compliments lui font plaisir et l’amusent. Comme elle le dit, « Dans mes albums, que ce soit le premier ou celui-ci, les gens ont toujours un faible pour les chansons les plus déprimantes et les plus déchirantes. »
Pendant les quarante-cinq minutes que dure notre entrevue, j’oublie par moments que je suis en train de parler à une femme qui a réalisé ce qui demeure un rêve pour la plupart d’entre nous : prospérer en transformant sa passion en un travail authentique. Quand cette jeune femme me parle de sa vocation pour les arts dès un très jeune âge et de l’intimidation dont elle était victime, je m’identifie à elle; quand elle explique comment elle amène son public à créer avec un papier et un crayon, je ris avec elle; et quand elle parle de sa passion pour la musique, de l’enseignement et de la manière dont l’une et l’autre se complètent, je suis tout ouïe.
Danielle Allard est une véritable artiste
À la fin de l’entrevue, je regarde par la fenêtre. La neige tombe sur le centre-ville de Toronto, et j’écoute la voix de Danielle Allard en sourdine. Tout est paisible, je jette un coup d’oeil sur mes notes, et je vois tout à coup sous un nouveau jour la personne avec qui je viens de m’entretenir. Je m’exclame intérieurement : « Oh mon Dieu, Danielle Allard est une véritable artiste, de ceux qui peuvent faire l’envie de tous ».
Danielle Allard a ceci d’exceptionnel qu’elle vous donne l’impression d’être en train de bavarder avec l’une de vos meilleures amies – mais vous vous rendez soudainement compte que sa vie correspond à l’idéal professionnel dont on rêve sa vie durant. Elle parle de l’un de ses étudiants en communication, ou de ses joies et de ses déceptions dans l’industrie de la musique, ou encore d’un organisme caritatif qui l’a invitée à présenter un spectacle. Il y a de bons et de moins bons moments, et Danielle Allard ne passe pas sous silence le travail acharné et la persévérance dont il faut faire preuve pour se réaliser dans le milieu des arts. Mais ce qui la distingue, c’est la joie qui l’attend inévitablement au bout de ses efforts. Elle aime les moments d’expression brute et sincère, elle aime voir les arts et l’expression créative unir les gens.
« Je ne pourrais pas vivre comme ça »
Elle fait partie du nombre croissant de jeunes professionnels qui refusent une vie dépourvue de stimulation. « Je ne pourrais pas vivre comme ça, s’exclame t elle. Je serais incapable de faire quelque chose que je n’aime pas 40 heures par semaine. »
Elle estime que réussir, c’est tout simplement être heureux. « Et ce qui me rend heureuse, c’est d’aider les autres », ajoute-t-elle.
Elle les aide en composant des chansons magnifiques, mais aussi en enseignant : « J’aime autant m’exprimer en classe que sur une scène ».
Danielle est également spéciale en ce sens que, contrairement à beaucoup de jeunes artistes et créateurs, elle accorde peu d’importance au vedettariat. Elle ne croit pas que la célébrité et la richesse soient sources de bonheur. Même si elle pouvait monter davantage sur scène, elle ne le voudrait peut-être pas. « Je suis heureuse et je veux conserver un certain degré d’anonymat ». Elle a trouvé un équilibre entre la scène et l’enseignement, et cela lui apporte une grande satisfaction personnelle.
L’expérience de Danielle pourrait faire l’envie de bien des artistes. En mai 2015, elle a sorti son deuxième album grâce à des fonds recueillis au moyen du sociofinancement. Elle s’est occupée elle-même de la publicité, du marketing et de la promotion de son album.
Au sujet des subventions publiques qui aident les artistes débutants, Danielle estime que n’importe quel artiste devrait tenter sa chance, même sans savoir s’il se qualifie : « Si vous pouvez récolter les fonds, et vous qualifier, bien sûr, prenez cet argent ».
Beaucoup de gens ne comprennent pas que si un artiste veut être indépendant, sans 40 à 60 personnes autour de lui, il doit créer une image de marque pour sa compagnie.
C’est quelque chose qui est difficile pour beaucoup d’artistes même si, grâce aux médias sociaux, nous vivons à une époque parmi les plus créatives et les plus novatrices de l’histoire de l’humanité. « Mais peu d’artistes ont le sens des affaires », ajoute-t-elle. Bon nombre, surtout parmi les plus jeunes, deviennent rapidement célèbres sur Internet, que ce soit en faisant des singeries sur Snapchat, par une vidéo virale sur You Tube ou un gazouillis très drôle et moqueur sur Twitter – mais c’est éphémère. Pour durer et laisser sa marque, il faut faire preuve d’une grande créativité et travailler d’arrache-pied.
Danielle Allard est l’exemple par excellence de l’artiste qui va d’un métier à l’autre sans ressentir de coupure. Même si, de prime abord, il n’y a aucun lien entre sa carrière musicale et sa carrière d’enseignante, les deux ont quelque chose en commun : la joie d’aider les autres. La musique élève l’esprit et l’enseignement permet aux étudiants d’acquérir les compétences dont ils auront besoin pour progresser dans le monde. Danielle Allard est également très engagée dans la collectivité d’Ottawa. Elle offre ses services et son temps à plusieurs organismes caritatifs. Dans un sens, il s’agit pour elle de redonner ce qu’elle a récolté, car elle estime avoir beaucoup reçu de sa « famille », terme qu’elle emploie dans son sens large.
Danielle Allard réfute l’idée reçue voulant que la génération Y soit paresseuse et nombriliste. Grâce à son travail acharné, elle est devenue la quintessence de la femme d’affaires et de la jeune professionnelle qui mène de front deux carrières distinctes lui permettant de créer des liens avec les gens.
Nous passons trop de temps à célébrer les personnalités artistiques et à vivre par procuration, à l’affût des potins. Après avoir parlé avec Danielle Allard, j’ai compris que son succès était plus personnel. Elle est l’artiste que je voulais être quand j’étais enfant. Elle ne court pas après la richesse ou la renommée. Elle veut simplement que ses talents servent à rassembler les gens.
Arriver à devenir une artiste intègre et à servir les autres, c’est déjà tout un accomplissement. On peut envier la voie que s’est tracée Danielle Allard, mais elle préfèrerait vous aider à réaliser vos rêves. Pour ce faire, elle vous donnera toute son attention en classe, ou encore un papier et un crayon (et son énergie) pendant ses concerts.
Mon conseil : saisissez l’occasion. Donnez à Danielle la permission de vous aider à exploiter vos talents pour créer quelque chose d’inoubliable. C’est le rêve de tous les enfants et de tous les adultes. C’est ce qui anime la vie de Danielle Allard.





