Vaincre les vieilles perceptions : Entrevue avec Jamie McMillan, ferronnière et défenseure des femmes de métiers spécialisés

L’industrie canadienne de la construction est confrontée à une crise. Avec d’innombrables travailleurs qualifiés qui commencent à atteindre l’âge de la retraite, il y a trop d’emplois à combler et pas assez de travailleurs possédant les bonnes compétences. Des projets de construction essentiels seront compromis ou annulés si ces postes ne sont pas pourvus, ce qui aurait un impact énorme sur notre économie. Avec autant de carrières bien rémunérées qui sont disponibles, pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes qui s’orientent vers les corps de métier pour profiter de cette pénurie de main-d’œuvre?

Alors que les femmes sont toujours considérablement sous-représentées dans les corps de métier – 97 pour cent de la main-d’œuvre est masculine – certaines personnes travaillent à briser la perception qu’il s’agit d’un « milieu d’homme ». Vous vous souvenez de l’époque où les femmes ne pouvaient pas pratiquer la médecine, le droit et plusieurs autres professions? Pourtant, aujourd’hui, il est courant pour les femmes d’exceller dans ces domaines. C’est ce que des défenseures comme Jamie McMillan cherchent à atteindre pour les femmes dans les corps de métier. Alors que les femmes sur les chantiers de construction sont toujours victimes du même sexisme et manque de respect que les premières femmes médecins ont pu subir, ce type de comportement devient moins répandu et leur valeur en tant que travailleuse dans les corps de métier est maintenant acceptée.

Madame McMillan, un ferronnière de Hamilton, en Ontario, a décidé qu’elle voulait aider d’autres femmes dans les métiers à travers le soutien et le mentorat. Journeyman est né et est maintenant une initiative des Syndicats des métiers de la construction du Canada. En tant que porte-parole de Journeyman, Mme McMillan s’emploie à diffuser le message qu’il y a de grandes carrières pour les femmes dans les corps de métier – elles ont seulement besoin d’être éduquées sur les possibilités et les défis. Options Carrières a discuté avec elle au sujet de son expérience en tant que ferronnière et pourquoi plus de femmes devraient envisager une carrière comme travailleuse dans les métiers de la construction.

Options Carrières : Comment êtes-vous entré dans les corps de métier?

Jamie McMillan : Je suis devenue une apprentie ferronnière en 2002 après avoir rencontré par hasard sur une connaissance qui m’en à parler. Un jour, par pur ennui, j’ai décidé de faire un tour dans la salle de l’association syndicale et j’ai appliqué. À l’époque, je travaillais dans une maison de soins infirmiers comme préposée aux services de soutien personnel et aussi comme serveuse dans un bar sportif.

OC : Qu’aimez-vous le plus de votre travail?

JM : Ce que j’aime le plus de mon travail, c’est l’aspect physique. J’aime travailler avec les hommes et être forte. J’étais un garçon manqué en grandissant.

OC : Quelles sont les choses que vous n’aimez pas?

JM : Je n’aime pas être perçue comme le sexe faible dans les corps de métier. Je veux être vue comme un égal et avoir les mêmes chances que les hommes. Je ne pourrai pas toujours être aussi forte physiquement que certains de mes collègues masculins, mais je peux travailler aussi longtemps et durement que n’importe qui d’autre et je suis motivée par le défi de le prouver.

OC : Comment Journeyman a été créé?

JM : Après des années de remue-méninges sur comment trouver la façon idéale pour faire passer le message aux autres femmes intéressées à faire une carrière dans les corps de métier, j’en ai parlé à quelques personnes l’année passée, et Journeyman est né. Il m’a fallu de la persévérance, mais j’ai finalement mis en œuvre mes idées en 2012.

OC : Pourquoi les femmes n’ont-elles pas traditionnellement envisagé de travailler dans les corps de métier?

JM : Beaucoup de femmes comme moi n’ont pas été éduquées sur les possibilités qui existent dans les métiers de la construction spécialisés. Auparavant, les écoles n’offraient pas de programmes, des mesures incitatives et de l’information pour les femmes à propos des cheminements de carrières non traditionnelles. En raison de ce manque d’éducation, les femmes ne considéraient pas la construction comme une option, parce que c’était un milieu dominé par les hommes et les femmes étaient traditionnellement des femmes au foyer qui élevaient les enfants. Les temps ont changé.

OC : Est-ce que la force physique est toujours nécessaire pour travailler dans les corps de métier?

JM : Il est important d’être fort physiquement, mentalement et émotionnellement lorsqu’on travaille dans les corps de métier. Il y aura toujours des défis. Certains hommes continueront d’être réticents par rapport aux femmes qui explorent des carrières dans les corps de métier. Ce sont en fait les hommes qui me poussent à réussir, cependant, une grande majorité d’entre eux sont très ouverts et serviables. La force physique est importante, mais elle viendra avec le temps. Il y a tellement d’avantages mécaniques maintenant avec les grues, les chariots élévateurs, les palans à levier, les fers et autres équipements, qu’il est devenu beaucoup plus facile de travailler intelligemment plutôt que durement. Aussi, les ouvriers travaillent ensemble comme une équipe afin d’assurer et de promouvoir un environnement de travail sécuritaire.

OC : Quel type de soutien existe-t-il pour les femmes qui travaillent dans les corps de métier?

JM : Étant donné que nous sommes encore faibles en nombre, les médias sociaux et les autres réseaux en ligne ont rassemblé des femmes de partout dans le monde pour se soutenir, s’encadrer et se parler de nos projets dans les corps de métier. Des conférences sont organisées chaque année pour les femmes de tous les corps de métier pour se rencontrer et discuter des avantages et des inconvénients d’exercer un corps de métier, et nous travaillons ensemble pour nous encourager tout en créant des liens solides et des amitiés. Journeyman est également un programme national en association avec les Syndicats des métiers de la construction du Canada qui apportera une grande exposition et une sensibilisation pour les femmes dans les corps de métier, et sera aussi un excellent outil pour promouvoir, soutenir et encadrer les femmes dans les métiers spécialisés de la construction.

OC : Quel est l’avenir des femmes dans les corps de métier?

JM : À l’avenir, plus de femmes deviendront des travailleuses de métiers spécialisés. Il y aura une pénurie de travailleurs étant donné que les baby-boomers prendront leur retraite. Comme les femmes deviennent plus indépendantes et recherchent l’égalité pour de bons salaires, des avantages sociaux, des pensions – pour n’en nommer que quelques-uns – le nombre de femmes dans les corps de métier va augmenter. Plus nous sommes présents dans les écoles, les programmes et éduquons les jeunes femmes grâce au mentorat, plus elles verront les nombreuses carrières incroyables qu’elles peuvent poursuivre dans les métiers spécialisés. Il y a 14 syndicats de métiers spécialisés au Canada qui incluent plus de 60 programmes d’apprenti, des salaires des travailleurs de métiers spécialisés qui vont de 35 $ à 45 $ de l’heure, et une gamme d’emplois d’un océan à l’autre. C’est vendeur!

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